Comprendre la rupture de normalité, anticiper les imprévus et renforcer son autonomie : une réflexion essentielle.
Pour entamer toute bonne discussion, il est nécessaire d'expliciter chacun des termes de l'énoncé : « Comment augmenter ses chances de survie en cas de rupture de la normalité ? »
« La normalité » correspond à l'état de référence, antérieur à la rupture : une situation permettant à chacun de mener une vie décente avec une certaine liberté, une situation dans laquelle l'élaboration de projets à court, moyen et long terme est possible.
« La rupture » renvoie à un ensemble d'événements caractérisé par une cassure avec l'état antérieur. Cette cassure peut être plus ou moins brutale et plus ou moins irréversible, mais elle a la particularité d'être toujours au moins en partie imprévisible.

Quelques exemples : vous êtes en randonnée, vous tombez et vous vous cassez la jambe. Il s'agit d'une rupture brutale, imprévisible, aux conséquences variables. Un autre exemple : le déclenchement d'une guerre entre deux pays survient plus progressivement, est davantage prévisible, mais ce sont les conséquences à court, moyen et long terme qui sont le plus grand mystère.
Prendre conscience de ces notions est indispensable, car comprendre ce qui peut rompre la normalité, c'est anticiper.
La survie est un terme difficile à définir car la vie revêt une dimension à la fois métaphysique et très personnelle. Si la survie est la protection de la vie, chaque personne aura des objectifs différents. Si pour vous la collectivité est au cœur de votre définition de la Vie, vous serez orienté vers le partage de compétences et l'autonomie de groupe. Si l'amour familial est central, votre survie sera la protection de vos enfants.

On pourrait reformuler la question par : « Comment augmenter le nombre de situations dans lesquelles je suis capable de maintenir pour moi et pour autrui une existence décente, malgré la survenue d'un événement imprévisible ? »
Exemple : vous tombez dans l'eau. Votre but : ne pas vous noyer. Si vous ne savez pas nager et que vous apprenez, vous avez augmenté de un le nombre de situations dans lesquelles votre but est de ne pas mourir.
Cette question est beaucoup plus large que le simple domaine du survivalisme. La survenue d'un événement imprévisible peut être beaucoup plus simple que la troisième guerre mondiale, comme la perte d'un proche ou encore plus banale : la panne de sa voiture.

Une existence décente est obligatoirement associée à la notion de besoin fondamental. Il n'est pas possible de fonder une communauté ou d'assurer la vie de ses enfants sans nourriture ni eau, sans abri, sans être capable d'assurer des soins à minima.
L'exemple le plus caricatural : votre téléphone. Vous avez absolument tout dedans — contacts, mots de passe, agenda, photos de vos enfants. Vous le perdez et c'est tout cela qui s'envole en une seconde. Si vous aviez anticipé — tout transféré sur votre PC, écrit les numéros importants sur un carnet — la perte de votre téléphone aurait été au plus une bonne occasion de faire les magasins.
Être survivaliste, c'est avant tout, loin des clichés réducteurs, le fait d'anticiper des situations imprévisibles et de penser régulièrement à l'emprise des personnes et objets sur soi-même.

Avant de soigner en médecine, on commence par poser un diagnostic. De même, avant de réfléchir à quoi faire, listez tout ce que vous faites lors d'une journée lambda. Puis classez chacune des tâches dans trois catégories : vital, confort, inutile.
Chaque jour, nous faisons un nombre impressionnant d'activités essentielles sans même y réfléchir : boire, manger, être au chaud, être propre, dormir, faire ses besoins. Demandez-vous simplement que faire, non pas en cas d'apocalypse, mais plus simplement si votre chasse d'eau est cassée.
Chaque situation imaginée, réfléchie et donc anticipée est une « chance de survie » rajoutée à votre compteur.
Pour le confort : hiérarchisez vos sources de confort et pensez aux répercussions sur votre santé mentale qu'engendrerait leur suppression. Serai-je plus stressé ? Plus triste ? Plus nerveux ? Comparez votre liste à celle de votre moitié : c'est un bon moyen de comprendre l'autre et de créer davantage de cohésion familiale.

Tout est affaire de probabilité : plus nombreuses sont les situations inconfortables que vous anticipez, plus grandes sont vos « chances de survie ». • Le survivalisme est l'aptitude à mettre en doute ce qui semble acquis pour tous. C'est une idée positive mais qui ne doit pas verser dans l'extrême. • Le survivalisme est une affaire personnelle, chacun a son idée de ce qu'est une vie qui mérite d'être vécue. Ne soyez pas arrogant, soyez humble, ne jugez pas autre que vous-même.



Ce que vous lisez ici, nous l'enseignons en une journée sur matériel réel, encadrés par un médecin urgentiste.
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